Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


Maux à mots

Informelles, intermittentes, insistantes, récurrentes, des pensées deviennent obsédantes. D'où viennent-elles ces pensées, étrangères à la conscience d'un moi sidéré de les avoir abritées à son insu? Un autre s'y serait-il installé pour y aligner des mots dont mes maux se font l'écho comme une menace sourde à ce désarroi?

La souffrance imperceptiblement se faufile, s'insinue, s'installe, et puis ça résonne, questions-réponses, jamais silence. Comme d'une bobine le fil de ces pensées se déroule. Un discours s'impose à la raison pour être soudainement démenti par des actes imprévus. Monologues, dialogues internes sans début et sans fin, bruit de fond infini, fond d'écran, entre deux oreilles parfois sourdes aux bruits du monde. Qui parle, est-ce moi, est-ce un autre en moi? Pourquoi ces idées, parfois insupportables, incongrues, inconnues? Comment entendre ce que ça cherche à dire et répète, pourquoi cette opacité dans la pensée, un écran amnésique, le désir et l'attente au temps suspendus?

Sur les murs un slogan en lettres capitales ''Qui suis-je, où vais-je, dans quelle étagère?'' se fait l'écho d'une angoisse commune conjuguée du présent au futur. N'y-a-t-il pas là un passé qui sans se faire connaître résiste? Des portes s'ouvrent, celle de l'école, de la fac, de la maison familiale, sur un vent de liberté enivrant qui ne dit ni où, ni quand il soufflera. Malgré la peur de l'inconnu, les larmes ravalées, les doutes refoulés, à défaut d'un choix se fait jour une détermination ''Quoiqu'il en coûte, un jour Je sera moi'', mais l'est-il jamais?

Quand ça étouffe et se révolte des maux sont symboles d'un mal-être. Sur le divan, dis à mots couverts adressés au silence du psychanalyste, ils font sens. Il n'y a pas de hasard psychique, tout effet a une causalité.

C'est un Je qui parle d'un moi qui ne sait plus, qui ne sait pas, ni même s'il existe vraiment ou s'il porte d'autres voix, celles de l'enfance, d'une culpabilité étouffée, du désir d'amour ou de revanche. Le moi dans la douleur crie sa souffrance et appelle vengeance, de cette souffrance il ne reste plus qu'un discours dont Je cherche les mots (maux) en moi.

En jouant sur les mots la douleur n'est plus, la souffrance en sourdine reste tapie, prête à ressurgir. La béatitude du bien-être, la sensation de complétude, nous étourdissent et font refluer la pensée, alors que la privation, la frustration, l'angoisse de castration, la perte, aiguisent la capacité de penser si elles ne submergent pas le moi, au point de vouloir y anéantir l'objet perdu d'une souffrance mélancolique.

La douleur s'éprouve, la souffrance se vit, le plaisir réjouit, la joie irradie, ces expériences humaines sont expériences subjectives que l'individu s'évertue le plus souvent à faire partager. La souffrance pour alléger la douleur, le plaisir pour en exacerber la jouissance. A moins qu'il ne s'abîme en son for intérieur dans un repli narcissique d'un moi aux deux visages.

Peut-on partager sa souffrance? Le désir de partager, une joie, une peine, un repas, mille choses, n'a rien d'altruiste, il témoigne d'une incomplétude, révèle un manque à se sentir entier. Partager c'est aussi conserver une part et attendre de l'Autre la part du plaisir ou de la capacité à soulager qui nous fait défaut. Une part manque que l'identification à l'autre, à son désir, à son plaisir, viendrait combler comme la pièce d'un puzzle pour peu que le motif y trouve son prolongement dans un point commun et s'y emboite. Une part de l'un dans l'autre.

L'étonnante plasticité cérébrale de l'être humain lui permet toute sa vie d'apprendre, d'évoluer, de se transformer. Des identifications multiples vont l'imprégner, le façonner, s'assembler en une personnalité dont certaines inclinations parfois inadaptées à l'évolution de l'environnement familial, social, culturel, seront génératrices de conflits psychiques qui paraissent insolubles.

Bien souvent la représentation interne que nous avons de nous-mêmes accuse un fort décalage avec l'image qui nous est renvoyée par l'Autre. Son discours évoque un inconnu qui se manifeste à notre insu, nous étonne et nous surprend quand il fait retour par ce jeu de miroir, le regard de l'autre.

La technique psychanalytique invite le patient à quitter la position passive pour adopter une position active face à des conflits internes inconscients se manifestant de façon récurrente par des symptômes physiques, psychiques, des comportements inadaptés compulsifs qui lui dérobent inévitablement une partie de son énergie vitale portée vers l'avenir.

La libre-association (dire ce qui vient à l'esprit sans jugement ni prévention), l'analyse des rêves comme processus psychiques à part entière bien qu'inconscient, permettent d'approcher les processus psychiques inconscients responsables des symptômes hystériques, obsessionnels, anxieux ou délirants, en découvrant des représentations soumises au refoulement dont le symptôme est l'expression symbolique. La psychanalyse ouvre les limites de l'esprit en apportant à l'individu matière à s'interroger, jusqu'à en aimer les questions pour peu qu'elles ouvrent sur l'avenir, le désir et le plaisir de vivre.


La psychanalyse

C'est quoi ?

La psychanalyse est une méthode d'investigation du psychisme découverte par Sigmund Freud qui s'adresse à toute personne dont la vie est affectée par la souffrance psychique, et/ou somatique sans origine organique. Cette souffrance se manifeste par des angoisses, anxiété, phobies, insomnies, idées obsessionnelles, morbides, tristesse, humeur dépressive, troubles sexuels, addictions, alcoolisme, troubles alimentaires, hyperactivité, répétition d'échecs ...

Qui l'a découverte ?

C'est sous l'impulsion de S.Freud, sa remarquable intuition et ses découvertes majeures dans le domaine du fonctionnement de l'inconscient et de la dynamique en jeu au sein de l'appareil psychique qu'est née la technique psychanalytique. Aujourd'hui, la psychanalyse poursuit son évolution en s'appuyant toujours sur les concepts freudiens et d'autres fondamentaux élaborés par des psychanalystes de renom comme K. Abraham, S. Ferenczi, M.Klein, A. Freud, C.G.Jung. D'autres tel que J. Bowlby, D.W. Winnicott, H. Deutsh, J. Lacan, F. Dolto, D. Anzieu, ont adopté la même démarche avec passion, en faisant évoluer la théorie au pas des transformations socio-culturelles et à la lumière de leur expérience clinique. La psychanalyse aujourd'hui se nourrit de leurs apports et de la réflexion de nos contemporains parmi lesquels J.B. Pontalis, N.Abraham et M.Torok, S. Tisseron, J. Kristeva, A. de Mijolla, J.D. Nasio ...

En quoi est-elle différente d'autres thérapies ?

La psychanalyse est une méthode singulière car chaque fois modelée par un sujet unique, l'être humain qui s'adresse à elle pour comprendre le sens de son être plutôt que se perdre dans l'avoir et le paraître.

C'est par la libre association et l'interprétation des rêves du patient, dans le respect d'un cadre de travail et d'une éthique analytique, que le psychanalyste permet à l'analysant de prendre conscience des puissantes motivations inconscientes qui imposent à sa conscience des résistances, censure et refoulements d'où naissent les symptômes somatiques ou affectifs douloureux.
  

Comment devient-on psychanalyste ?

La psychanalyse ne s'apprend pas dans les livres. Le psychanalyste s'est personnellement investi dans sa propre cure pour acquérir une connaissance profonde de son inconscient et répondre de façon appropriée à la demande du patient, au transfert et aux résistances, sans que sa perception soit altérée par ses fantasmes personnels. Il prolonge son investissement tout au long de sa pratique en participant à des conférences et séminaires, ainsi qu'en se soumettant à la supervision d'un psychanalyste expérimenté.

Comment ça marche ?      

L'écoute du psychanalyste, par le temps accordé au patient, une attitude neutre et empathique, l'absence de jugement, favorise l'émergence de souvenirs refoulés dans l 'inconscient et la verbalisation d'affects qui entretenaient jusqu'alors des conflits psychiques pathogènes ayant un fort retentissement sur l'équilibre psychique et la santé physique de l'être humain. 

 Le langage donne forme à une symbolisation qui libère l'énergie jusqu'alors séquestrée par des conflits internes. Cette libération par la parole ouvre l'accès à de nouvelles  capacités d'investir plus sereinement le monde extérieur et la relation à l'autre, de se réaliser pleinement en jouissant de la vie.

 Dans la cure type le dispositif du divan, l'absence de regard de l'analyste, son silence, permettent une totale décontraction musculaire et un lâcher-prise encourageant la libre parole, sans censure ni jugement. L'analysant exprime librement, avec sincérité, toutes les idées incidentes, mots d'esprit, rêves, fantasmes qui lui viennent à l'esprit.

La relation avec votre psychanalyste est fondée sur une confiance et une motivation réciproques, pour vous permettre d'aborder avec le maximum d'énergie les inévitables blessures de la vie et développer toutes les sources d'épanouissement personnel et d'ouverture au monde qui sont en vous.

Un Je(u) entre ça et moi

Je ne me contrôlais plus. Malgré moi. Les mots ont dépassé ma pensée, il ne l'a pas fait exprès ..., autant de réflexions que nous avons faites, que nous avons entendues.

Comment est-ce possible? N'est-on pas toujours responsable de ses actes, de ses paroles? Y-aurait-il en soi, en nous, une instance capable d'échapper à la raison, à notre volonté?

Un jour le petit enfant a regardé le miroir. Autour des 4/6 mois, ce que Lacan nommera le Stade du miroir marque la formation d'une instance psychique nouvelle qu'il définit non pas comme une rencontre du ça, chaos primordial de perception, et de la réalité extérieure mais comme une projection de l'image corporelle, le moi imaginaire, support d'identification. A partir de cette rencontre avec son image, l'être humain poursuit son développement biologique et psychique mais il n'est plus le même, il s'ouvre du monde sensible au monde sensé, le je sujet fait co-naissance avec le moi.

Le stade du miroir est formateur de la fonction je, un je qui assume la mission d'expérimenter le monde. Il en rapporte une représentation d'un moi corporel qui sera introjectée. Le moi interne identifie l'image introjectée comme étant sa propre représentation aux yeux du monde extérieur. Le regard de la mère est le premier miroir qui assure le moi d'une existence interne. Aux yeux de l'enfant, cette visibilité matérialise le regard de l'autre sur lui le regardant.

Je est une réalité différente du moi, il fait partie d'un monde qui est à l'extérieur de l'enveloppe corporelle et psychique. Le regard du monde extérieur porté sur l'individu permet au je de s'identifier et de s'y sentir ou non intégré, le moi sans être dupe se sait différent. Toute la vie l'individu porte en lui cette perception de soi par le regard de l'autre souvent étrangère à celle qu'il a de lui-même. Dès l'acquisition de l'autonomie motrice et du langage, grâce à la maturation psychique, l'expérience du je et du moi bouleverse la relation enfant-parents.

Du point de vue du développement émotionnel par l'utilisation du ''je suis'' comme représentation symbolique de son monde interne et de son image, l'enfant se définit comme un sujet unifié face à l'autre. Le je est social, le moi est intime. Quand l'enfant dit je il affirme la priorité de son être, avant le faire ou l'avoir. C'est parce qu'il à la conviction d'être qu'il peut dire ''je veux'', je porte-parole du moi, différente de la parole de l'autre. La découverte des limites et des différences est déterminante pour la perception de son identité propre et de sa subjectivité.

Je est symbole, représentant de l'individu aux yeux de l'Autre il revendique son autonomie, son identité, et tente de s'affranchir d'une dépendance à laquelle le moi est assujetti en raison de ses relations avec le ça, le surmoi et le monde extérieur. Entremetteur, il noue les relations du moi avec ses objets d'amour ou de haine. C'est un pro-nom personnel qui peut être mercenaire.

Au service du moi il est plein d'attention, d'interrogation ou de cajoleries,
Il porte haut le nom du père.
Le moi gonflé de fierté, je se porte en avant, brandit son étendard.
Mais prompt à la rupture, le moi effondré,
Je passe à l'acting-out,
Jette son encre-seiche, brouille les pistes.

Au service du surmoi ce ne sont que réprimandes, menaces, tyrannie et terreurs sans mot.
Je n'en peux plus d'un moi effondré de culpabilité.
Pour je, le responsable est tout trouvé, c'est moi.
Le moi aussi peut se mettre en jeu et faire l'acteur, il est alors en représentation.
Devant ce jeu, je le double ou s'efface pour laisser sa place à l'autre,
Le masque, celui du double je(u),
Le symptôme, son corps es-sens.

Le ça est entier et direct.
Sans intermédiaire il s'adresse au moi,
N'a pas besoin de je pour le bousculer sans loi,
D'ailleurs en général ça arrive sans que je m'en aperçoive,
Par lapsus, oubli, maladresse, inadvertance, étourderie,
Je est ailleurs et moi confus.
Quand ça me prend,
Je ne suis plus maître de moi.
C'est dans le rêve qu'unis pour la nuit
Je et moi sont réunis, font mille facéties,
Alors que les sens sûrs, la censure dort.
Quand je dors, ça m'incline à penser
Que mon moi s'anime encore.

 

Au fil du temps

La psychanalyse est vivante, parce que vous, moi, sommes vivants. La psychanalyse est en mouvement parce que vous, moi, évoluons à chaque instant comme toutes les cellules qui constituent notre corps, toutes les idées qui agitent nos esprits ou s'agitent dans nos esprits. 

La psychanalyse, les psychanalystes, sont avant tout au service des être humains, fascinés par l'énergie du biologique, son influence pulsionnelle sur la psychosexualité et l'interaction entre l'homme doué d'une étonnante plasticité psychique et le monde extérieur qui le façonne.

Le petit enfant à naître s'imprègne de l'univers dans lequel il est immergé, puis petit à petit va chercher à explorer le monde et assez vite vouloir le modifier pour le soumettre à ses désirs. Mais, impuissant dans un monde d'adultes, il ne possède pas les mots qui symboliseraient tous les évènements qui font irruption dans sa représentation imaginaire du monde, toutes les émotions sans mots qui l'habitent. 

L'amnésie infantile pose doucement son voile sur ces représentations muettes pour faciliter sa croissance, l'accès à l'apprentissage, à la connaissance. 

La sidération, l'angoisse, la culpabilité, la honte refoulées, vont s'attacher à d'autres situations de la vie au fil du temps. C'est ainsi que des obsessions, inhibitions, angoisses viennent sans raisons notoires nous gâcher le plaisir de vivre.

Le temps est une fiction qui permet à l'homme d'organiser le déroulement de sa vie et de s'y repérer. L'identité de l'individu ne se réduit pas à ses comportements, à ses pensées, à son vécu, à son présent, mais englobe la totalité de son expérience de vie y compris sa vie fantasmatique. Pour l'inconscient le temps n'existe pas. Les émotions et les comportements du moment plongent leurs racines dans des imprégnations, des identifications efficientes tout au long de la vie.


Psychanalyse et accomplissement de soi.

La psychanalyse et la technique psychanalytique ont été créées par Sigmund Freud (1856-1939) par respect pour notre humanité. Car bons ou truands, riches comme pauvres, depuis la nuit des temps, nés dans le huis-clos du ventre maternel, nous traversons tous les mêmes étapes de la croissance physique et psychique, du premier au dernier jour de notre passage sur terre.


La démarche psychanalytique est un effort de compréhension des mécanismes psychiques en interaction avec l'environnement socio-culturel et les progrès des neurosciences, en vue de libérer toutes les ressources en énergie de l'être humain, pour que malgré les inévitables difficultés de la vie l'aventure humaine demeure un privilège de notre nature et une chance d'être vécue.
 
C'est dans l'inconscient que se sont fixées des représentations qui ne se révèlent à notre conscience que par leurs effets morbides. L'écoute neutre et bienveillante du psychanalyste en autorise l'expression par des mots libérateurs qui les symbolisent. 

L'énergie séquestrée par de vains conflits, épuisée par des ruminations obsessionnelles, anéantie par l'angoisse, se trouve progressivement libérée, apte à investir le monde extérieur et à profiter pleinement des capacités de l'être humain.

S'aimer soi-même, se considérer avec indulgence, est le plus sûr chemin pour aimer les autres, en être aimé, et garder l'esprit ouvert.

Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.