Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


La peur d'être seul

Parler de sa solitude, de la peur d'être seul, c'est déjà rompre son isolement, car "souffre d'isolement celui qui ne sait pas qu'il est seul". 

Se sentir douloureusement seul ou en avoir peur, en perdre le sens, plus de corps, juste un vertige, comme dans un cauchemar l'angoisse d'une chute sans fin qui creuse l'espace intérieur. Le néant d'un regard qui ne rencontre pas son reflet, d'une voix muette qui voudrait hurler sa détresse.

Cette solitude au lieu d'être lieu de communication intime avec soi donnant un sens au mot exister, devient frustration, expérience d'un manque insupportable.
Quant le monde, l'Autre, devient envahissant, étouffant, la solitude apaise, met de la distance, a le goût d'un délice, celui de la faveur de pouvoir être enfin soi, de se retrouver et d'en profiter. 
La mise à l'écart, l'absence de reconnaissance, l'indifférence du monde, de l'Autre, plonge l'individu dans une solitude imposée où il ne trouve que le vide angoissant d'un moi sans illusion. 

Bien souvent l'être humain erre entre deux désirs qui semblent incompatibles. Il aspire à être reconnu par l'Autre, être inclus dans une famille humaine enveloppante, sécurisante, mais alors sa singularité se dissipe dans une masse qui l'étouffe, la désunit, et revient l'envie de fuir, de se retrouver enfin seul pour se sentir être soi. Ces deux visages de la solitude rappellent l'ambivalence de notre désir, unir et détruire. Désir de fusion, retourner dans le ventre de la mère, désir de couper le cordon pour s'individuer, fuir l'aliénation par l'Autre. Faire valoir sa différence sans être exclu.

La solitude imposée par les évènements du réel est une souffrance qui s'exprime dans une plainte. Cet éprouvé peut être encore plus aigu au milieu d'une foule, au sein d'une famille, ou quand le désir de l'autre ne rencontre pas l'être que l'on sait vivre en soi, mais celui d'une demande qui le dépasse. 

C'est à ce moi que l'analyste offre un espace de liberté de parole pour se détacher de cette partie qui souffre sans pour autant se mettre en danger d'être dévoilé, mis à nu. Comme le fœtus perfusé par le cordon ombilical, l'enfant dépendant du sein auquel il s'est identifié, et les différentes identifications qui l'ont construit, l'adulte nourrit l'illusion d'être une part de l'autre qu'il retrouve en lui, mais se révolte inconsciemment contre cette aliénation.

L'expérience psychanalytique est un espace privilégié où l'individu expérimente sa capacité d'être seul sans se couper de l'autre avec lequel il partage un espace psychique. Sans cette capacité à vivre la solitude il demeure dans l'immaturité de la dépendance à l'objet, à l'autre. Il va s'efforcer de plaire, de falsifier son soi pour satisfaire le désir de l'autre et ne pas ressentir le manque.

La psychanalyse invite l'individu à exercer sa capacité d'être seul pour rencontrer la vérité de son être. Grâce à sa créativité, la richesse de son moi lui révèle la plénitude de se sentir unique, vivant et serein, de trouver sans cesse de nouvelles voies de sublimation, d'un autre possible, en s'affranchissant de sa demande à l'autre supposé lui éviter l'angoisse de la frustration et combler son manque à être. 
"La psychanalyse c'est devenir soi à deux." 




Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.