Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


Le rêve, une folie singulière

Folie ordinaire dont nous sommes tous porteurs, singulière car elle ne parle que la langue intime et familière du rêveur, celle de son inconscient. Cette langue doit être traduite en récit pour prendre un sens, ce récit appelle un discours, celui du rêveur à un tiers, pour devenir intelligible et faire sens. Nul mieux que le rêveur pourra trouver son chemin dans les dédales du labyrinthe parsemé de symboles qu'empreintent les idées et pensées latentes du rêve. Il est comparable au musicien qui, pour interpréter une œuvre, doit nécessairement pénétrer l'âme, les sentiments du compositeur afin de ne pas trahir son intention. Une parfaite connaissance du solfège et de l'instrument sont insuffisants pour la faire vibrer. C'est pourquoi aucun dictionnaire des rêves ne délivre la clé des songes.

"Non, mais je rêve!" exclamation qu'appelle un évènement, une situation, une expression invraisemblables, tout occurrence jugée incongrue, au langage inconnu, sans origine, sans finalité. Le rêve, lui, intrigue, car les scènes et pensées intimes qu'il recèle sont composées d'éléments appartenant à notre propre lexique, celui des traces mnésiques infantiles, des désirs hallucinatoires refoulés, de nos fantasmes, de notre culture et de notre héritage. Le paysage de notre inconscient est intemporel, tout y est actuel, actif, le passé comme le présent, c'est en cela qu'il détermine autant nos actes conscients que les contingences de la réalité extérieure. L'inconscient ignore la temporalité, en y plongeant ses racines le rêve exhume un passé refoulé.

La parole du rêveur se fait support d'une vérité inconsciente qui appelle une traduction pour émouvoir la conscience et le corps. Les idées latentes du rêve ne se livrent pas facilement, le mot à mot ne marche pas, c'est un rébus à déchiffrer, à dire puis à interpréter. Comme dans toute traduction il y faut de l'intimité pour en dépouiller le sens car elles sont imprégnées du sens de la vie du rêveur et non d'un langage universel. Les pensées du rêve sont transcrites dans une écriture imaginaire qui au-delà de la parole qui les porte en un discours élaboré, fera effet de langage dans le cadre analytique lorsqu'il s'adresse à un tiers, témoin, le psychanalyste. Le rêve traduit ce qui échappe à notre conscience, mais il n'est rien sans son récit à un autre

Les mots choisis pour dire le rêve sont ceux du présent. Les associations verbales en surgissent qui dévoilent petit à petit les subterfuges du travail du rêve; des personnages recomposés  par condensation de traits divers, situations inversées, déplacées du temps à l'espace, l'élément principal déplacé du centre vers le détail, substitution, ... toute chose qui dans leur étrangeté résonnent familièrement dans l'esprit du rêveur. Le rêve joue de la confusion issue des symboles, métonymies et métaphores qui permettent de passer outre la censure qui maintenait solidement le refoulement. 

Sur le plateau de nos nuits, le rêve met en scène les secrets de nos vies et plus encore ceux de nos désirs refoulés. Nos sens endormis, il joue des double-sens pour finalement éveiller notre conscience. Notre inconscient fait de l'esprit pour échapper aux interdits et censure du surmoi, vassal de notre idéal. L'écoute du psychanalyste est exercée à entendre au-delà du discours ce qu'il en est dit de l'inconscient, car "il n'y a d'inconscient que du dit" (J.Lacan, Encore, Le savoir et la vérité). Quelque chose se passe quand la traduction du rêve fait sens, le corps et l'esprit entrent en résonance avec les mots. 

Il y a une intelligence du rêve, si fou qu'il puisse paraître la raison est déjà passée sur le rêve, car le récit que nous livre le rêve est une reconstruction, tout comme nos souvenirs. Le rêve nous indique là où on ne veut pas entendre de soi. Par l'interprétation du rêve on arrive à être au clair avec des espaces de soi où s'était installé le déni qui entraîne la privation de la liberté d'être. Le sujet est une maison hantée. Ce qu'on ne veut pas savoir se renforce au fur et à mesure qu'on le refoule jusqu'à consommer la plus grande partie de notre énergie pour maintenir actives les résistances. (Anne Dufourmontelle, Intelligence du rêve)

Dans son ''Abrégé de psychanalyse'' (1938) Freud écrit : « Seuls peuvent nous faire progresser les états de conflit et de rébellion, ceux où le contenu du ça inconscient a quelque chance de pénétrer dans le moi et jusqu'à la conscience […] cette possibilité nous est justement offerte par le sommeil nocturne, et l'activité psychique qu'y si manifeste sous la forme de rêves est notre meilleur objet d'études.  […] nous nous y comportons comme des malades mentaux, du fait que, tant que nous rêvons, nous attribuons aux contenus du rêve une réalité objective.» 

L'intelligence du rêve nous le confirme, toute folie à sa part de vérité.

''Qui est le rêveur dans le rêve ?
Est-ce le Je qui marche et parle et court dans la nuit ?
Est-ce le même Je que celui de la lumière du jour ? Est-ce un autre Je ?
Est-ce que cet être nocturne en proie à des hallucinations a quoi que ce soit à me dire ?
Il se pourrait bien que oui.''
Siri Hustvedt. La femme qui tremble.

Picasso - Le rêve





Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.