Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


D'un passé imparfait au souvenir présent

Comme des récifs lorsque la mer reflue, parfois polis, doux et soyeux, mais en d'autres moments acérés, déchirés et blessants, des écueils de notre vie passée, du fond de notre mémoire, font irruption dans le présent indépendamment de toute volonté consciente. Ils s'imposent et ça insiste.

"Il ne faut plus y penser, oublie tout ça", mais ça revient en douce, sous d'autres formes; lapsus, rêves, idées obsédantes, actes manqués, comportement répétitifs ..., de façon à contourner cette censure, la volonté d'oublier, ça fait symptôme.

Ce n'est que de dire, de verbaliser, que ça s'épuise. Laisser venir les mots qui n'étaient pas là quand ça s'est produit desserre le nœud des émotions bloquées. Celles qui vous nouent l'estomac, étreignent la poitrine, étranglent la gorge, obèrent la capacité d'aimer et d'être libre.

L'enfant continue à jouer avec son jouet cassé, la vie continue pour qui a été maltraité, trompé, blessé. La peine, la douleur, la honte et les larmes sont plus ou moins bien refoulées mais le chagrin, la haine, la rage, la sidération, l'effroi, restent tapis dans la psyché pour déborder plus tard dans un autre présent alors même que les faits bruts restent dans un non-dit ou que le récit en semble parfois étrangement dénué de toute émotion accréditant l'intense conviction d'un succès du refoulement.

Notre mémoire fonctionne par associations, elle reconstruit en permanence nos souvenirs en accord avec nos croyances, nos sentiments, nos schémas, nos identifications. Le souvenir est un passé re-composé de faits d'une réalité concrète passée, d'oublis et d'imaginaire. Ce qui manque dans le récit c'est la part d'inconscient. La remémoration des événements du passé est toujours une reconstruction, une rénovation qui se veut à l'identique mais avec de nouveaux matériaux. Peut importe son authenticité, la vérité du souvenir c'est sa réalité dans le présent. L'ensemble contribue à la construction de notre identité.

N'oublions pas que c'est à partir de son imaginaire que le petit d'homme prend conscience de son unicité corporelle, en regardant dans le miroir son image inversée  qui le regarde. Révélé par cet autre du miroir il y a cru car un autre (le plus souvent sa mère) lui a confirmé "c'est toi''. Il faudra encore du temps pour qu'il parle de lui à la première personne en disant "je", l'enfant parle d'abord de lui à la troisième personne ou en utilisant son prénom, il se réfère encore à cet autre du miroir.

Une part de notre identité est faite d'imaginaire qui y laisse l'ombre d'un doute. Nous attendons souvent d'un autre la confirmation de ce que nous sommes, "C'est dans l'autre que le sujet s'identifie et même s'éprouve tout d'abord." J.Lacan 

L'individu peut rester captif de ce regard de l'autre à tous les âges de la vie, son estime de soi reste alors inféodée à l'opinion de cet autre, il en conserve une empreinte inconsciente qui aliène sa vie.

Le souvenir est un écran derrière lequel il y a toujours un passé et l'autre du passé. Il modifie notre vision du présent, nous change ou nous force à la compulsion de répétition. On ne sort pas indemne de son passé, chacun vit un combat entre son idéal et la réalité.

Pour que la tristesse du passé ne s'attache plus à notre quotidien il doit être symbolisé, faire l'objet d'un discours adressé à un tiers qui l'écoute. La psychanalyse est un moyen de le reconnaître, de le comprendre et le mettre à distance, replacer les faits dans le passé, c'est un travail de deuil. Le deuil de ces images du passé que notre mémoire a stocké en menus fragments et restitue aujourd'hui comme les pièces d'un puzzle qu'une nouvelle maturité essaye tant bien que mal de réorganiser en une logique toute relative. A notre insu les dates, les lieux, les pensées et les personnages se mélangent. Petit à petit en la rappelant, l'individu se sépare de cette partie de lui qui a vécu dans le passé pour en faire un souvenir. Grâce au dispositif singulier de la relation analytique, l'analyste cherche à opérer une conscientisation individuelle de la liaison entre des affects parfois puissants, non verbalisés, et certains souvenirs.

Le passé non symbolisé séquestre l'énergie de l'individu et le prive d'une partie de son présent. L'être souffrant ne veut pas se souvenir, mais c'est en multipliant la symbolisation de ses souvenirs qu'il peut relativiser le passé et s'en libérer. C'est en cherchant les détails du souvenir que l'analysant trouve d'autres outils pour casser l'enfermement. Il doit accepter la temporalité de cette libération et comprendre ce qu'il en coûte de sa parole.

Chaque fois qu'on essaye de faire resurgir quelque chose du passé on le recrée. Comme le rêve, le souvenir est fait de déplacement, condensation, projection, dramatisation. Chaque rappel est une nouvelle expérience qui en modifie le souvenir car nous ne sommes plus celui du passé. 

Faire un deuil partiel de son passé et des souvenirs qui nous le rappellent, c'est se donner le droit d'aller de l'avant car un souvenir ne fixe pas l'avenir d'un individu.





Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.