Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


Qui suis-je ? Où est ma place ?


Un jour ou l'autre la question se pose, s'impose. D'un revers l'importune est chassée, à quoi bon, ou tournée et retournée elle reste sans réponse satisfaisante. A la naissance d'un prénom le nouveau-né est désigné par d'autres, reçoit en héritage un nom, celui de ses racines, de son histoire, mais la réalité d'une vie petit à petit dévoile une face cachée, celle que l'on ne voit pas dans le miroir, ses distorsions, ses hésitations. Les premières identifications se troublent d'un doute. La famille, les amis, les autres ont installé l'individu à une place de laquelle il se sent amputé d'une partie de soi, je ne suis pas que ça, ce n'est pas moi.


La place qu'on occupe dans le regard des autres, imaginaire, est toujours réductrice, mais en notre for intérieur il n'y a que doute quant à notre identité profonde, sa légitimité, son authenticité. D'être au bon moment à la bonne place on en gagnerait en sérénité, sécurité, certitude, le doute plonge dans l'angoisse erratique. Une mémoire vacillante qui n'ose se l'avouer s'accroche à des souvenirs reconstruits à l'identique, au fond pas si authentiques malgré des images si précises qu'elles ne pourraient mentir croit-on, messagères d'une vérité inconnue. Comment se définir au-delà de ces images qui collent à la peau?


A l'être humain échoit le privilège de se poser toute sa vie une question à laquelle seuls ceux qui lui survivent osent avancer une réponse, en forme d'épitaphe. La vie est toute de mouvement, incertitude et inachèvement.


L'homme est un être singulier qui se conjugue au pluriel, sans l'Autre il ne sait qui il est. La famille, les parents font à l'enfant une place qui le marque du sceau de leur fantasme. Avant de naître il existe déjà dans leur imaginaire.


Enfant digne ou indigne d'une lignée, enfant don ou consolation, enfant substitut ou revanche, enfant espoir ou enfant accident, enfant trop peu ou enfant de trop, tous enfant-objets que ce soit d'amour, d'attention, de fierté, de honte ou de haine. Ce qui échappe aux parents c'est le sujet dans l'enfant, ce qui de l'inconscient se révèle dans l'inattendu de ses mots, les confronte à de l'iné-dit, les déroute ou les heurte.


Éduquer est un impossible entre leurs propres blessures, la voix des autres et l'émergence d'un sujet inconnu et rétif.


Chacun se construit sur ces mal-entendus, s'y retrouver est gageure. Seul un désir inflexible d'y mener à bien une quête semée d'embûches et d'inter-dits permet d'espérer entrevoir les desseins inconscients du sujet qui en nous fraye son chemin, laisse sa trace en équilibre sur le temps ténu d'une vie, d'une voix unique au chœur de l'humanité.


Paradoxalement la multiplication des moyens de communication, des réseaux sociaux que l'on voudrait socialisants, aboutit aujourd'hui à une diminution de l'échange de paroles. L'image, y compris celle graphique de tous ces mots qui de texte épistolaire ont mué en texto, claque, choque, impacte, mais court-circuite la communication d'être à être. La subjectivité de la parole s'efface devant la matérialité du mot, la pensée devant le geste. L'émotion est tue.


L'environnement socio-culturel qui nous baigne, les mots des autres, de nos maîtres et de nos pairs, nous façonnent et ouvrent une voie dans laquelle la propre voix du sujet prend forme, s'individue et s'affermit jusqu'à se faire entendre, de ces mêmes autres. En s'écoutant dire le sujet se devine, l'effet de sa parole sur l'Autre qui demeure l'inconnu en lui ébauche les contours de son être, toujours à découvrir, jamais fixé. Le jeu des identifications dans la construction et le développement psychique démontrent l'inachèvement inhérent à la nature humaine. Le processus identificatoire s'étaye sur l'héritage phylogénétique par lequel l'être vivant est reconnu comme membre de l'espèce humaine, d'une famille et d'une filiation. C'est dans la relation que l'homme advient à lui-même, par son regard sur l'autre dont le regard lui confirme sa propre identité.


Toujours un doute subsiste, l'intuition d'un manque à être. Face à un réel insoutenable, nos propres fantasmes narcissiques de séparation et d'individuation, le bain socio-culturelle, nous masquent cette aliénation en agitant l'étendard d'une liberté exaltante, comme un leurre auquel nous nous laissons prendre avec empressement.


Les caractéristiques de l'être vivant sont la singularité et l'inachèvement qu'il tient d'une exceptionnelle plasticité cérébrale. Deux cerveaux identiques et stables ne peuvent appartenir qu'à deux corps morts. Du premier au dernier souffle le sujet ne cesse de construire son identité, pulsions de vie et de mort mêlées, avec sa capacité d'amour et de résilience.



Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.