Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


L'enfant et la psy

Un enfant agresse, casse, mord, désobéit, refuse d'aller se coucher, de manger, fait des cauchemars, n'accède pas à la propreté, s'agite ou semble se retirer du monde …, bref fatigue et inquiète ses parents.

 L'adulte dont la vie va mal; mal-être empreint de honte, culpabilité, répétition d'échecs affectifs ou professionnels, rage sans objet, qui prend conscience que justement tout ce dont il est conscient ne lui est d'aucun secours, adresse une demande au psychanalyste, l'enfant, lui, ne demande rien. Il dérange.

Il dérange à l'école, à la maison, devient turbulent ou absent, insolent ou inhibé, agressif ou apathique, se révolte ou fait preuve d'une trop grande soumission, comportements symptomatiques que l'adulte parent ou enseignant, observe avec inquiétude. Derrière cette préoccupation légitime, s'installe un sentiment confus, inavoué, de culpabilité. C'est inconfortable d'avoir un enfant pointé du doigt par l'école, de se sentir impuissant devant une énergie dépassant la norme admise, les caprices démesurés, l'insoumission ou un manque de combattivité affligeants, des phobies incompréhensibles.

Que faut-il mettre en cause, les parents (rigides ou permissifs), l'éducation (inadaptée et normative), la société (aliénée par le consumérisme), les capacités intellectuelles de l'enfant (vite un test de QI)? L'enfant ne demande rien, l'adulte s'impatiente, les parents souhaitent une solution rapide pour passer à autre chose, d'où le succès des thérapies brèves, des médications encore plus expéditives qui engourdissent ses sensations, le privent de cette partie inconsciente de son psychisme d'où émerge le symptôme comme compromis à un conflit non résolu, mais pas insoluble.

Trop souvent la mère se nourrit de l'amour de l'enfant pour combler ses manques, ce qui laisse s'insinuer la culpabilité inconsciente de ne jamais être à la hauteur de ce besoin d'amour et génère la compulsion à s'en punir. Devant cet amour fusionnel dont il se sent à peine toléré si ce n'est exclu, le père à tendance à se raidir ou s'efface, privant l'enfant d'exercer sa capacité à se séparer, à se désidentifier de la mère. Le père, ou la figure paternelle, est fondamental pour la structuration psychique de l'enfant. C'est une figure de référence, un idéal, qui remplit une double fonction comme support de l'interdit et comme exemple transgressif. Il symbolise l'avenir, le monde extérieur, quand la mère ramène au passé symbiotique.
L'enfant qui s'agite est un enfant qui cherche à être, mais comment faire dans ce monde d'adultes, juges et parties, dont les injonctions sont parfois paradoxales, les sanctions injustes, les actes démentant les discours, les secrets chuchotés à mots couverts, ce qui est vu et reste tu. S'adapter à tout ça n'est pas tâche facile, se structurer sur un étayage bancale encore moins.



Tout petit déjà il lui a fallu s'adapter aux modifications permanentes de son environnement. A commencer par se sentir expulsé d'un cocon douillet où toutes les agressions étaient filtrées par le liquide amniotique. La bouche collée sur le mamelon ou la tétine, le nez s'enivrant d'une odeur familière, la peau bien enveloppée d'une enveloppe sensorielle, enfin la paix d'un tout se réunifiait à chaque aspiration d'une laiteuse douceur. Brusquement de l'intérieur ça se déchaîne en douleurs terrifiantes, arrachant des cris de douleur et d'angoisse. Puis peu à peu les sensations s'organisent et naît l'intuition que l'enveloppe et la douceur reviendront, l'enfant apprend la patience. Un ailleurs existe, dans le temps et dans l'espace.

Tous les objets (adultes, enfants, animaux, jouets, ...) autour de lui font du bien et/ou du mal, le monde extérieur ne lui veut pas que du bien, il peut être dangereux. Malgré ses tentatives, il n'arrive pas à les dominer, même en le voulant très fort, sont corps lui-même joue des tours et se dérobe. Dans le regard de sa mère il puise la force de redoubler d'efforts, l'assurance que ses bras, sa voix seront secourables le réconforte en lui donnant suffisamment de confiance en lui pour aller explorer son environnement.

Cependant, autour de lui il se passe des tas de choses incompréhensibles à son jeune âge qui font naître de puissantes émotions parfois traumatiques. Les traces mnésiques de ces évènements s'inscrivent pour la vie dans l'inconscient, malgré l'amnésie infantile qui en voilera le souvenir. Nul ne peut prédire ce qui de ces évènements fera effraction dans le psychisme en nouant les nœuds qui l'empêcheront peut-être de développer ses capacités à vivre pleinement sa vie d'adulte.

L'attachement primaire à la mère de structurant pour le narcissisme de l'enfant peut devenir la plus aliénante des identifications comme le disait Françoise Dolto. Le père a un rôle séparateur essentiel pour mettre fin à cette aliénation. L'enfant doit se heurter au ''non'' du père. Sans limite il s'égare, tout devient possible pour lui, mais aussi contre lui car l'autre non plus n'aura pas de limite.

L'être humain est un être de langage. Ce que l'absence de mots a noué, les mots le dénouent. Le jeune enfant non plus que l'adulte ne possède tous les mots du langage ni leur sens, souvent le symptôme imprime sa marque sur le corps qui parle. Son comportement, ses jeux, ses dessins en libèrent le sens pour peu qu'un adulte neutre et disponible sache l'entendre sans jugement. 
C'est le rôle du psychanalyste.
Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.